Sur les chemins - Panaméricaine

Prendre le temps de voyager, éloge du slow travel

Slow travel
Loin du tumulte du tourisme d’El Calafate – Lago Argentino, Patagonie, Argentine –

Aujourd’hui, on vit dans un monde qui va à mille kilomètres/heure. Un monde où la vitesse, la rapidité et l’efficacité sont les maîtres mots. Notre notion du temps devient alors rythmée par sa rentabilité. Si je fais quelque chose, je calcule sa faisabilité en fonction du temps qu’il m’est donné.

    Nous avons créé ce projet de voyage sur le continent américain afin d’essayer de s’éloigner de cette pression du temps dans laquelle on grandit tous et on évolue aujourd’hui. On souhaitait retrouver cette notion de temps, intacte, libre et naturelle. Vivre avec la lumière du jour, découvrir la notion de temps dans d’autres cultures, se mettre à l’épreuve du temps qui passe loin de toute onde et loisir quotidien…

Instant de méditation durant le Trek W dans le parc Torres del Paine au tout début de notre voyage – Patagonie, Chili –

Avec toutes ces volontés et valeurs recherchées, nous souhaitions partir un an (mais tout en ayant aucune date de retour fixée) pour relier la Patagonie chilienne aux terres canadiennes, ce en ne passant que par la voie terrestre. Une fois sur place, avoir le temps nous a permis de réaliser que ce projet était inconcevable, du moins pour nous. Il ne correspondait finalement pas du tout à nos envies, à notre mode de voyage. Voici l’un des enseignement du voyage longue durée : Arrêtons de courir ! Nous passons notre vie à courir après !

Il nous a fallu attendre d’être sur place pour réaliser cela par nous-même. Les jeunes français, les petits européens que nous sommes n’avions aucune idée de l’ampleur des trajectoires ici. Le Chili, l’Argentine, la Bolivie, le Pérou sont des territoires gigantesques, traversés par des routes plus ou moins asphaltées, arpentées par des véhicules plus ou moins adaptés, à des horaires plus ou moins précis, avec des destinations plus ou moins exactes… Cette première donnée participe à rendre ici le temps de transport approximatif, et nous oblige à relativiser. Le bus sera là quand il sera là, ou le pouce levé, nous arriverons quand nous arriverons.

Le sommet enneigé du trek El Choro, 2,5 jours de descente vers la forêt tropicale – La cumbre, parc national Cotapata, Bolivie –

La seconde grosse remise en cause de notre projet de voyage a été un mélange complexe entre nos envies, nos attentes touristiques et notre capacité physique et mentale. Le voyage comme on le vit aujourd’hui depuis un an, est bien éloigné de simples vacances. Aujourd’hui ce qu’on vit c’est une vie quotidienne, mais nomade. Vivre en voyageant ou voyager en vivant ? À vous de voir !

Alors rapidement on s’est posé beaucoup de questions sur ce qu’on désirait, sur ce qu’on était venu chercher. Quand on vivait en France, est-ce qu’on organisait toute notre vie en fonction des attractions « Alors demain on montera à la Tour Eiffel, et puis jeudi on doit être au Mont Saint-Michel, et enfin dimanche on ira se baigner dans les Calanques de Marseille » ? Inimaginable. Alors pourquoi notre vie ici devrait-elle être si différente ? On s’est rendu compte que le tourisme aujourd’hui semble principalement être guidé par un ratio entre temps et rentabilité. N’ayant que peu de temps libre aujourd’hui, on souhaite rentabiliser son temps de voyage. L’idée du slow travel, c’est en réaction à cette manière de voyager où l’on coche des lieux, où l’on n’a que quelques semaines, parce qu’on est pris dans l’engrenage de la vie et du travail, du système qui fait qu’on n’a jamais ni le temps ni le droit de s’arrêter. Combien de voyageurs a-t-on rencontré sur la route avec un itinéraire très ambitieux pour le temps imparti ? Une semaine au Pérou, puis une autre en Bolivie pour finir par une au Chili. Wahou ! Mais qu’ont-ils découvert des populations, des cultures de ces pays grandioses et si différents de ce qu’on connaît ? Et combien de temps passé dans de longs trajets de bus souvent fatigants ? Combien d’avions pris (coûteux pour le budget et l’environnement) ?

Bivouac sur le toit du monde – Laguna 513, Huaraz, Pérou –

Nous n’émettons pas de jugement car chacun fait avec ce qu’il a et nous nous savons privilégiés de pouvoir voyager comme nous le faisons. Mais nous nous sommes rendus compte que peu importe la beauté des paysages, si ceux-ci sont accompagnés de conversations, de sourires et d’un verre d’une boisson locale préparée par la petite dame du coin, ils ne valaient pas autant. Car un pays c’est avant tout ses habitants. Car un pays c’est avant tout une expérience que tu vis ! Le tourisme dans beaucoup de pays fait aujourd’hui partie intégrante de la société de consommation mondiale. On consomme les lieux, les espaces, la nature, les activités… Mais prendre le temps de passer 3 semaines dans un petit village bolivien, y apprendre à construire des toilettes sèches en terre avec un monsieur dont on ne parle pas la langue, pour nous c’est ça le vrai voyage. Celui qui te fait découvrir, qui te bouscule, te fait sortir de ta zone de confort, te fait grandir.

Pendant ce voyage, nous programmons assez peu à l’avance, nous nous laissons porter par les rencontres, les conseils aussi bien des locaux que des autres voyageurs. Cela signifie que si on se sent bien dans un lieu, on peut y rester une nuit ou deux de plus, ou bien même 3 ou 4 jours, voire même quelques semaines… La seule limite réelle est le visa accordé par le pays, qui est généralement de 3 mois. Selon nous, c’est à peine suffisant pour découvrir les grands pays d’Amérique du Sud et en profiter, alors on demande souvent le visa le plus long possible, et puis on sait que une semaine de plus ici, c’est potentiellement une semaine de moins là-bas, mais c’est le jeu du voyage, il faudra par moment faire le choix d’aller ici et pas là-bas, ou de rester plus longtemps ici et qu’un seul jour là-bas.

Farandole de lamas… Ou comment travailler avec une autre notion du temps… – Palcoyo, Pérou –

Pour arrêter de courir, mais surtout pour échanger, découvrir, rencontrer, nous réalisons de nombreux volontariats dans des familles, des fermes locales. On a tellement appris des gens, des pays, des cultures. On s’est créé des souvenirs et des amis à l’autre bout du monde pour la vie. On a retrouvé le plaisir d’avoir un petit quotidien : on vide les backpacks dans l’armoire, on lave son linge sale quotidien, on va chercher le pain à la boulangerie du village où l’on connaît désormais la vendeuse, à 9h on fait chauffer l’eau pour le thé… on est invité à manger chez les voisins le dimanche midi (et oui les jours de la semaine reprennent du sens !). On a ainsi vécu des dizaines d’expériences hors du temps, hors de notre notion de temps, celle dans laquelle on vivait depuis 25 ans. Et on s’est entendu dire « Vous n’en êtes que là ? », « Vous n’allez jamais atteindre votre objectif ». Bien au contraire, on a atteint beaucoup plus que ce que l’on imaginait.

On s’est challengés en voyageant en stop par exemple. Encore une expérience où la notion de temps n’est pas la même. Des trajets que ton GPS t’annonce que tu feras en 5h30, qui durent finalement 4 voitures différentes, 3 invitations à prendre un café, 3h sans aucun véhicule à l’horizon, 30min à chercher un lieu où planter la tente, puis finalement arriver à bon port mais 12h plus tard que prévu. Avoir le temps de voyager, c’est se permettre ces rencontres et expériences différentes, c’est la liberté !

Beaucoup d’heures de stop, peu de kilomètres mais de belles rencontres – Mirador Cerro Castillo, Patagonie, Chili –

  En pratique, le slow travel permet de déroger à la règle du fameux dicton « Le temps c’est de l’argent ». Pour une fois c’est plutôt l’inverse. Plus on voyage lentement, et plus on économise de l’argent dans le temps. Celui qui a le temps de voyager a le temps de ne pas gaspiller d’argent, et même d’en économiser. Et sur un long voyage comme le nôtre, ça n’est pas négligeable ! Surtout quand cela se lie avec une autre facette qui nous est importante : l’écologie. Ici les distances sont gigantesques mais, à leur rythme les bus vous emmènent partout. Et quoi de plus incroyable que de se retrouver assis dans la remorque d’un camion, faisant office de transport local, sur un sac à patates, avec pour voisines des petites grand-mères habillées en tenue locale, accompagnées par leurs lamas ? Ça prend du temps, c’est moins confort, mais qu’est-ce qu’on rigole, et qu’est-ce qu’on assiste à des scènes de vie intemporelles ! Ça permet de réapprendre à voyager et de faire du voyage un processus global : le trajet n’est plus qu’un moyen d’aller d’un point A à un point B, mais bel et bien un moment de voyage, de découverte, d’apprentissage, de partage… Il fait partie intégrante du voyage et de l’aventure : rencontrer de nouveaux amis en faisant du stop, faire du vélo sur l’une des plus belles routes du monde, apprendre à naviguer en traversant l’océan Atlantique en voilier, dormir en hamac sur une péniche sur le fleuve Amazone…

Seuls et à notre rythme, dans les montagnes de Palcoyo – 5 000m d’altitude, Pérou –

Enfin, avoir le temps, pas de vrai programme ni de date de retour nous a permis d’avoir la place dans nos têtes pour réfléchir sur notre voyage, nos pratiques, et nos envies de projets à notre retour. On a ré-appris à s’ennuyer, à lire, à écrire. On a appris à fabriquer des choses avec nos dix doigts, à cuisiner, à laver notre linge, à le recoudre, à s’occuper d’un potager. On s’est poussé dans nos retranchements, on a été critique sur nos modes de voyage, sur le tourisme, la gestion de l’environnement, la nourriture et l’hygiène, les rencontres éphémères, l’expatriation… et tout ça nous a donné des ailes, des envies et beaucoup de projets à venir.

Notre mot de la fin serait : prenez le temps, ne voyez pas trop grand, rêvez à échelle locale, rencontrez les gens, laissez la place à l’imprévu et à l’inoubliable.

Article initialement rédigé pour le blog de notre assurance partenaire Chapka.

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